Protection, statut, signal : la grammaire du porté — Lettre 06

LETTRE 06 — LES LETTRES DU SCEAU

Dans l’histoire, le bijou n’était pas libre. On ne le portait pas toujours où l’on voulait, ni quand on voulait.

Le corps était une carte. Et le bijou en était le code.

La main comptait. Selon les lieux et les périodes, porter une bague à droite ou à gauche répondait à une tradition, à un engagement ou à un usage particulier. Ces codes changeaient avec les époques et les cultures.

Et le doigt comptait aussi.

Nous en avions déjà parlé sur Instagram avec ces bagues dont le nom vient parfois directement du doigt qui les porte, comme la pinky ring. Je vous avais promis d’aller plus loin.

Car derrière le nom se cache aussi une manière de porter le bijou.

Bague portée au petit doigt par Mehmed II, détail d'une peinture ottomane du XVe siècle

PETIT DOIGT
Nakkaş Sinan Bey, Mehmed II sentant une rose, fin du XVe siècle.
Topkapı Sarayı, Istanbul, Hazine 2153, fol. 10a.
Détail : bague portée au petit doigt.
Source : Wikimedia Commons — domaine public.

Le petit doigt racontait autre chose. Plus discret, il accueillit notamment des chevalières et des bagues liées à l’identité ou au statut. Là encore, pas de règle absolue : le sens change selon les époques et les usages.

Bague bleue et or portée au pouce dans A Man with a Pink d'Andrea Solario vers 1495

POUCE
Andrea Solario, A Man with a Pink, vers 1495.
The National Gallery, Londres.
Détail : bague bleue et or portée au pouce gauche.
Source : Wikimedia Commons — domaine public.

Le pouce, large et très visible, était un emplacement particulièrement démonstratif. En Chine, l’anneau d’archer en offre un bel exemple. D’abord utilisé pour protéger le doigt, il devient aussi, notamment sous les Qing, une parure précieuse portée par les élites. Certains exemplaires sont en jade.

En Europe aussi, le pouce se pare. Vers 1495, Andrea Solario peint un homme tenant son vêtement de manière à laisser apparaître une importante bague bleue et or.

Le geste semble presque fait pour qu’on la voie.

La place d’un collier avait elle aussi son importance.

Bijou porté à la gorge, détail du portrait de Miss Mary Edwards par William Hogarth, 1742

GORGE
William Hogarth, Portrait of Miss Mary Edwards, 1742.
The Frick Collection, New York.
Détail : parure portée à la gorge.
Source : Wikimedia Commons — domaine public.

Près de la gorge, il attirait le regard vers le visage.

Chaîne longue et pendentif portés par François Ier dans le portrait de Jean Clouet vers 1530

CHAÎNE LONGUE
Jean Clouet, Portrait de François Ier, roi de France, vers 1530.
Musée du Louvre, Paris.
Détail : chaîne longue et pendentif portés sur la poitrine.
Source : Wikimedia Commons — domaine public.

Plus bas, une longue chaîne suivait le vêtement et s’inscrivait dans toute la silhouette.

Mais le porté ne servait pas seulement à montrer un rang ou à envoyer un signal.

Il pouvait aussi protéger.

Amulettes, talismans ou bijoux de dévotion étaient parfois portés contre le corps ou dissimulés sous les vêtements. Leur emplacement avait alors un sens : les garder près de soi, au plus près de la peau. La protection ne devait pas nécessairement être vue pour agir.

C’est ici que commence mon interprétation de cette grammaire du porté. Au fil des époques et des cultures, les codes changent et rien ne permet d’en faire une règle universelle. Mais une chose revient : la place choisie pour le bijou n’est pas toujours anodine.

Ce qui était exposé pouvait affirmer un statut ou envoyer un signal.

Ce qui était caché pouvait protéger ou rester dans l’intime.

Protection, statut, signal : trois façons de lire un bijou autrement que par sa seule apparence.

Comprendre où l’on portait un bijou, c’est parfois comprendre ce qu’il disait.

Avant d’être regardé, le bijou devait parler.

— Jennifer
MAISON LE SCEAU D’HIPPOCAMPE

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« Avant d’être regardé, le bijou devait parler. »

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