LETTRE 05 — LES LETTRES DU SCEAU
Bien avant d’être regardé,
le bijou a été lu.
Dans de nombreuses sociétés, il ne servait pas seulement à séduire,
mais à signifier :
un rang,
une appartenance,
une autorité,
une parole donnée.
Bague sigillaire de Jean, spatharios impérial, or et nielle, Empire byzantin, Xe siècle. The Metropolitan Museum of Art, New York, don de Guy et Valerie Tempest Megargee, 1992, inv. 1992.239. Image : The Met, Open Access — Public Domain.
Parmi ces bijoux-langages, il en est un qui traverse les siècles sans perdre tout à fait sa fonction :
le sceau.
Le sceau n’est pas un simple ornement.
C’est une signature.
Apposé dans la cire, il authentifie un message, engage une décision, valide un acte.
Il ne dit pas qui je suis par goût.
Il dit qui je suis par droit.
Bague sigillaire en or de Michael Zorianos, Empire byzantin, vers 1300. The Metropolitan Museum of Art, New York, Rogers Fund, 1918, inv. 18.145.42. Image : The Met, Open Access — Public Domain.
Très tôt, le sceau rejoint aussi le corps.
Il devient anneau.
Bien avant le Moyen Âge, l’anneau sigillaire permet déjà de porter avec soi un nom, un signe, parfois une autorité.
Au fil des siècles, les formes changent, mais le geste demeure :
porter à la main ce qui nous représente.
Armoiries, monogrammes, symboles religieux, noms ou titres viennent alors habiter le métal.
Sceau à saint Georges, Empire byzantin, XIe siècle, plomb, 2,9 cm. The Walters Art Museum, Baltimore, inv. 55.96. Image : The Walters Art Museum — CC0.
Gravé pour laisser son empreinte dans la cire, l’anneau peut authentifier un document, reconnaître celui qui l’appose, engager une parole.
Plus tard, la chevalière prolongera à sa manière cette histoire.
En un seul signe, le bijou pouvait dire :
à qui j’appartiens,
qui je représente,
pour quoi je me tiens.
Le sceau engageait bien plus qu’un nom.
Il liait un homme à une lignée,
à une parole,
à une responsabilité.
Avec le temps, ce langage se transforme sans disparaître.
La chevalière entre dans d’autres sphères : familles, institutions, communautés, traditions.
Elle devient signe de transmission, d’accomplissement ou d’appartenance choisie.
Un bijou que l’on ne porte pas seulement pour briller,
mais aussi pour être reconnu.
Le sceau personnel de Maison Le Sceau d’Hippocampe. Aujourd’hui encore, le sceau demeure un signe d’identité et d’authentification. Photographie : Maison Le Sceau d’Hippocampe.
Aujourd’hui encore, nous continuons à porter ces formes.
Bagues, alliances, chevalières, sceaux personnels :
autant de bijoux qui parlent avant même que l’on ouvre la bouche.
Ce que nous appelons bijou ancien n’est pas seulement un vestige esthétique.
C’est parfois un nom.
Un rang.
Une famille.
Une promesse.
Une appartenance.
Un langage qui a traversé le temps.
Avant d’être admiré,
le bijou devait être compris.
— Jennifer
MAISON LE SCEAU D’HIPPOCAMPE
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« Avant d’être admiré,
le bijou devait être compris. »
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SOURCES
- The Metropolitan Museum of Art, New York, « Gold Signet Ring of Michael Zorianos », inv. 18.145.42.
- The Metropolitan Museum of Art, New York, « Signet Ring of John, Imperial Spatharios », inv. 1992.239.
- The Walters Art Museum, Baltimore, « Seal with Saint George », inv. 55.96.
- Philippe Malgouyres, Pierres gravées — Camées, intailles et bagues de la collection Guy Ladrière, Mare & Martin / L’École des Arts Joailliers.